Faites de vos désirs une réalité professionnelle

Le désir est rarement abordé quand est posée la question du travail. Certes, le travail est l’activité sociale nous permettant d’être rémunéré pour pouvoir assurer les dépenses au moins matérielles de l’existence. Durant longtemps, il a été synonyme de labeur et étranger au plaisir. Aujourd’hui encore et alors qu’il nous occupe ou nous occupera environ une quarantaine d’années, nous distinguons radicalement l’identité professionnelle de l’unité de la personne.

Or, ce qui fonde le sujet est le désir. De ce fait, l’orientation ou le choix de l’activité devrait par conséquent incarner tout autant un désir à être. Pourtant, combien d’entre nous peuvent affirmer que cela s’est produit ainsi, au regard de l’expérience vécue, présente ou passée ?

L’orientation professionnelle somme l’adolescent ou le jeune à « devenir », à choisir pour plus tard ou pour bientôt travailler. Plus tard précisément, l’adulte, selon les évènements de la vie et les contingences économiques, devra probablement à nouveau choisir, en tout cas changer, s’adapter ou rebondir. Durant les processus qui président au choix, la priorité est accordée à la réalité et aux évolutions du marché du travail ou du marché tout court, aux besoins et à l’offre d’emplois, aux revenus attendus ou escomptés, au « CDI » plutôt qu’à la précarité, etc. Pour autant que ces critères de choix puissent être légitimes, ils négligent néanmoins le désir comme moteur essentiel de l’activité professionnelle.

S’il n’est pas le lieu d’explorer exhaustivement le désir tant le concept est vaste, disons que le désir est mouvement perpétuel vers un plaisir jamais totalement satisfait, d’où l’existence d’un manque dans lequel il s’origine, notamment. Au-delà d’une définition peut-être imparfaite ou lacunaire, nous retiendrons que, s’agissant du travail, le désir devrait être le compagnon indispensable de son émergence… et de sa durée toujours précaire.

Ainsi, le désir est trop souvent condamné à rester dans les limites d’une subjectivité suspecte au nom d’un principe de réalité arbitraire, résumé dans la fameuse formule : « il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités ».

Une des raisons de cette défiance dans le travail du désir et de son aboutissement, le plaisir, est leur réduction à d’autres dimensions de la constitution humaine au nombre desquelles la sexualité tient une place évidemment importante. La frilosité des professionnels de l’orientation ou des spécialistes des ressources humaines au regard du désir tient à leur ignorance de l’essence du sujet désirant et de la puissance de ses ressorts dans la vie professionnelle.

C’est tout le contraire qu’il conviendrait de promouvoir tant auprès de l’enfant que de l’adulte en leur disant simplement « faites de vos désirs une réalité professionnelle ».

© Christophe Nagyos février 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *