Inventer des espaces de respiration pour les emplois peu valorisants

Lorsqu’on visite des entreprises, on entend souvent les responsables se plaindre de la difficulté à recruter des personnes fiables et surtout stables. Quels que soient les niveaux de recrutement et d’emploi, le problème est d’autant plus réel quand il s’agit de personnels d’exécution, par exemple dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment. Malgré les efforts salariaux et les arguments matériels en général – primes diverses, horaires et conditions de travail -, la question qui se pose est celle du maintien dans l’entreprise à des postes peu valorisants sur le plan technique, parfois dans des conditions objectivement peu attractives (bruits, odeurs, aléas climatiques etc,). Autrement dit, que pouvons-nous inventer pour rendre le travail moins pénible, acceptable en dehors d’une substitution pure et simple par des robots, évidemment. Il me semble qu’une réponse peut être donnée en créant dans l’entreprise des espaces de respiration, de détente, de jeux, notamment informatiques, facilement accessibles. 

Des efforts ont été faits – pas toujours – pour les cantines et sur la qualité des repas, mais il reste beaucoup à faire en dehors de la pause de midi ou à d’autres horaires quand l’entreprise tourne en 3×8. Ce qu’il est possible de réaliser dans le secteur du numérique ou du web, pour les cadres et pour la matière grise, doit pouvoir être inventé pour les catégories les moins dotées. Le problème est urgent. On manque de main-d’oeuvre dans la restauration, dans le bâtiment, dans certaines filières industrielles non pas faute de demandes d’emploi, mais faute d’une capacité à rendre attractif ce qui n’est précisément pas attractif, ce qui rebute pour appeler un chat un chat, pour des raisons aussi différentes que les horaires dans la restauration, du bruit dans l’industrie ou des contraintes de temps sur un chantier. Il ne suffit pas d’augmenter les salaires à l’entrée et de promettre un plan de carrière apparemment favorable pour rendre le travail heureux, tout au moins supportable pour y passer sept à huit heures par jour. 

L’amélioration des conditions de travail ne peut pas seulement être un « à-côté » laissé aux comités d’entreprise quand il y en a et qui font fort bien ce à quoi ils sont destinés, ou à la formation, notamment. Il revient aussi aux responsables à inventer des activités, des lieux, des modalités qui permettent de se reposer, de se changer les idées, de supporter le difficilement supportable.

Christophe Nagyos, décembre 2019

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