Pour une approche individualiste du travail

L’activité professionnelle et plus largement les questions que pose l’évolution du travail (révolution numérique, mondialisation etc.) sont abordées essentiellement de façon collective. Les chiffres du chômage, les plans sociaux ou plus positivement les besoins des entreprises en matière de compétences et d’emplois par exemple produisent un effet de masse qui pèse sur les décisions des individus lorsqu’il s’agit de déterminer leur activité professionnelle. La question du travail est par conséquent souvent abordée inconsciemment comme un thème à traiter marginalement pour soi-même.

On choisit en effet habituellement un emploi salarié ou une activité dans un contexte libéral ou indépendant d’abord en fonction des besoins du marché, qu’il s’agisse du marché de l’emploi actuel ou futur ou des tendances de consommation. Conformément aux lois du marketing, il parait effectivement plus raisonnable d’étudier en premier lieu les besoins et d’y répondre dans la mesure du possible, pour trouver sa place dans la vie économique. Cependant, cette démarche visant à satisfaire essentiellement une demande collective, un effet de masse ou de groupe, présente deux inconvénients majeurs.

Alors que le mythe de la fourmi travailleuse est encore à l’œuvre, le travail est d’abord une affaire de personne. La libre détermination d’une activité satisfaisante procède d’une maïeutique du sujet à travers un processus d’appropriation de son histoire individuelle permettant l’émergence d’un désir singulier. Or, la démarche inverse consacre le groupe de façon anticipée, comme si tous les membres d’une équipe de l’America’s Cup ne devaient pas avoir vécu un parcours individuel avant de se retrouver ensemble pour cette compétition éminemment collective. L’effet de masse rétroagit et conditionne les techniques classiques d’accompagnement des personnes en recherche d’activité, qu’il s’agisse des jeunes ou de leurs ainés, par exemple à l’occasion d’une reconversion professionnelle choisie ou subie.

Par ailleurs, l’effet de masse et en particulier les approches marketing tendent à privilégier le conformisme des consommateurs, notamment, et par conséquent de l’offre. Si les chercheurs en sciences fondamentales ou les trublions de l’Internet, pour n’évoquer qu’eux, devaient se limiter à la réalité, le monde n’aurait pas d’avenir. La plupart des découvertes scientifiques ou des grandes avancées technologiques sont le fruit d’initiatives individuelles plus ou moins rationnelles, elles sont bien souvent le résultat d’un désir créatif dans lequel se mêlent imagination, curiosité et plaisir, parfaitement compatibles avec le sérieux et le protocole nécessaires à la production d’un résultat, quand bien même inattendu. L’apparition de nouveaux services, métiers ou compétences grâce à Internet, mais pas seulement, le démontre presque chaque jour.

Le travail aujourd’hui et demain se doit par conséquent d’être abordé comme un objet essentiellement individuel, individualiste. L’individualisme indispensable à l’émergence d’une personnalité propre n’est pas la cause des déséquilibres économiques, par exemple du marché du travail, qui sont en grande partie le résultat d’études prospectives erronées, comme c’est le cas dans les professions médicales. En revanche, il est une voie d’accomplissement du sujet, conscient dès lors de son histoire en relation avec son proche entourage et un environnement autant que possible maitrisé.

© Christophe Nagyos / 13 janvier 2016

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