Vers un management humain

Le 20 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Paris a condamné les principaux anciens dirigeants de France Telecom, transformé en Orange depuis 2013, pour harcèlement moral institutionnel après le suicide de plusieurs de ses collaborateurs depuis les années 2000. A été reprochée et condamnée à travers eux une stratégie de la société « visant à déstabiliser les salariés, à créer un climat anxiogène et ayant eu pour objet et pour effet une dégradation des conditions de travail »1. Cette jurisprudence fera date, plus largement que le cas d’espèce et quand bien même l’appel interjeté par les personnes condamnées la modifierait. 

Au-delà de la situation personnelle des anciens responsables dont il ne sera pas question ici, c’est le management des institutions, entreprises et organisations privées ou publiques, leur vocation et surtout les moyens pour les satisfaire qui devront désormais être repensés, refondés. 

La question qui se pose est la suivante : comment concilier réellement respect de la personne humaine et atteinte des objectifs de l’organisation, en l’occurrence d’une entreprise ? Désormais, il ne suffira plus d’afficher des valeurs aux vertus performatives ou bien une ambition dite de responsabilité sociale pour s’acquitter du droit et surtout de la responsabilité humaine envers chaque salarié, cadres compris évidemment. 

Sans entrer dans un débat sur les limites du capitalisme et du libéralisme – pourtant nécessaire -, la relation à l’autre fondée essentiellement sur des rapports de force quand bien même « cordiaux » ou sur une subordination irraisonnée sur laquelle plane la menace plus ou moins voilée du licenciement ou de la relégation, ne peut plus être défendue. Caricature ? 

Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit mais le concept de ressources humaines doit retrouver toute sa valeur. Pour ce faire, ne serait-il pas urgent de réviser les postures que chacun croit devoir adopter dans la vie professionnelle, d’ailleurs dès le recrutement d’un collaborateur et pas seulement du candidat ? Avec la compétence technique forcément requise – quoiqu’il est des façons d’aménager les conditions de son obtention -, des dirigeants de premiers plans ont fait le choix de l’éthique et de la modestie authentique plutôt que la puissance, l’ostentation et le profit personnel maximum 2.

A tous les niveaux, un management orienté vers la recherche de nouvelles motivations telles que le désir humain et le plaisir éprouvé au travail dans le respect de l’autre doit trouver sa place. Dans cette perspective, l’accompagnement professionnel personnalisé des collaborateurs en entreprise est une ressource de première importance.

Christophe Nagyos, décembre 2019

1 Le Monde du 20 décembre 2019.

2 Lire notamment “Critique de la condition managériale”, par Ghislain Deslandes, Presses universitaires de France, 2016.

 

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